Bulletin ELDR: Stratégie Europe 2020 : L'Europe ne peut pas se permettre un autre Lisbonneeldr, dimanche 7 mars 2010 14:09 ::
L'un des sujets les plus chauds de l'actualité de l'Union européenne est sans aucun doute la fameuse « Stratégie Europe 2020 » qui a pour objectif de munir l'UE des outils nécessaires pour faire face aux défis majeurs que nous attendent au cours de la prochaine décennie. Pour bien en comprendre les enjeux et l'importance, l'ELDR par ce Bulletin vous présente les principaux arguments en faveur et contre cette stratégie ainsi que les embûches qu'elle devra éviter. Pourquoi?Les racines de la « Stratégie Europe 2020 » remontent à l'année 2000, lorsque les dirigeants européens se sont réunis dans la capitale portugaise pour lancer un ambitieux plan sur dix ans doté d'objectifs grandioses: la stratégie de Lisbonne. D'ici 2010, disait-on, l'UE sera "l'économie la plus dynamique du monde, une économie basée sur le savoir, capable d'une croissance économique durable, génératrice de plus et de meilleurs emplois, d'une plus grande cohésion sociale et respectueuse de l'environnement". Malgré l'effet de frein évident généré par la crise financière, nous pouvons à ce jour évaluer sans risque d'erreur, que ces objectifs sont loin d'avoir été atteints - même si cinq ans après son lancement, la Stratégie de Lisbonne de 2000 a été relancée, à cause du manque de progrès effectués vers la réalisation de ses objectifs. En corollaire à cela, on peut conclure que d'une façon générale la Stratégie de Lisbonne n'a pas été un succès - ou, pour parler franchement et en reprenant les mots de la Présidente du Parti ELDR Annemie Neyts-Uyttebroeck « il nous faut bien convenir d'une chose concernant la stratégie de Lisbonne: il ne s'agit là de rien d'autre que d'un lamentable échec ». Mais quelques lueurs d'espoir subsistent néanmoins. Certains états membres ont accompli une performance assez remarquable en effectuant des progrès évidents et en faisant tout leur possible pour atteindre la plupart des objectifs fixés; mais ce sont là des précurseurs et ils ne sont malheureusement pas représentatifs des performances de la plupart des états membres. Cela entraîne un certain nombre de conséquences regrettables. C'est ainsi que l'UE n'a toujours pas atteint le niveau nécessaire d'investissement dans la recherche et le développement (R&D) ; l'Union dépense encore beaucoup trop pour l'agriculture, dans le cadre de sa Politique agricole commune (CAP) ; et bien qu'elle ait effectué certains progrès pour devenir plus écologique, les négociations de la CCNUCC à Copenhague fin 2009 ont prouvé que le chemin était encore long vers un changement en profondeur. Quelle est la situation actuelle ?Malgré ces revers, la Commission européenne ne s'est pas laissé dissuader. En parcourant sa première réelle communication sur la Stratégie Europe 2020 diffusée hier (3 mars 2010), et qui fait suite à un cycle complet de consultations publiques, il apparaît clairement que les deux stratégies sont étroitement interconnectées et construites selon la même formule. Elles sont toutes deux construites sur la base de plans décennaux. Elles ont toutes deux des objectifs ambitieux. Le même principe de 'pression des pairs', qui veut que les pays qui performent moins bien se sentent obligés de changer leur comportement une fois confrontés aux mauvaises statistiques les concernant, semble toujours faire partie de l'idée sous-jacente à la Stratégie Europe 2020 - avec une petite modification, puisqu'on parle maintenant du fait que "les Etats membres... devront tous jouer leur rôle pour que cette stratégie soit un succès" et non plus d'une méthode de coordination ouverte. Alors qu'est-ce qui a changé? Pourquoi les choses devraient-elles se dérouler autrement cette fois-ci ? L'une des principales leçons que l'UE doit tirer de la stratégie de Lisbonne est qu'il est indispensable que des progrès rapides soient engrangés une fois la stratégie mise en œuvre même si les objectifs eux, s'inscrivent dans le plus long terme. En vue des défis importants auxquels l'UE sera confrontée au cours de la prochaine décennie, on est en droit d'espérer que l'UE réussira à engranger des résultats rapides et à éviter de reproduire les habitudes contractées lors de la mise en œuvre de la stratégie de Lisbonne qui consistaient à la relancer une fois le manque de progrès constaté. Quelle est la prochaine étape dans la mise en œuvre de cette nouvelle stratégie? Déjeuner des Premiers Ministres libéraux & Sommet de l'Union européenne, Bruxelles, 25-26 mars 2010. - Il s'agit du premier véritable Sommet de l'UE cette année, elle réunira à Bruxelles les dirigeants de l'UE pour parler principalement de la Stratégie Europe 2020. Comme chaque fois, l'ELDR organisera à cette occasion un Déjeuner des Premiers Ministres libéraux avant la tenue du Conseil européen, lequel réunit les principaux dirigeants européens avant le sommet pour leur permettre de discuter ensemble des sujets à l'ordre du jour et de coordonner leur action pour parler d'une seule voix cohérente et libérale lors du sommet. La stratégie sera-t-elle déjà adoptée à ce moment-là? - Probablement pas. Bien qu'il soit prévu de procéder à des discussions approfondies sur la question, son adoption devrait se produire seulement lors du prochain sommet, qui se tiendra en juin. C'est pourquoi les préparatifs et les discussions devront se poursuivre d'ici-là. Mais pour permettre à ce projet de décoller, il est à espérer que le Sommet de mars et le suivi donné à la communication de la Commission produiront l'effet de lancement dont l'Europe a besoin. Que veulent les libéraux?Pour les libéraux européens, on ne peut suffisamment répéter la nécessité pour l'Europe d'améliorer son efficacité, sa compétitivité et un développement durable au cours de la prochaine décennie - et le fait que ces éléments sont tout autant liés à la dimension extérieure et qu'intérieure. Pour illustrer cet impact extérieur, il suffit de regarder l'émergence rapide de nouveaux marchés et la concurrence potentielle croissante des fameux pays 'BRIC' (Brésil, Russie, Inde et Chine) pour réaliser que l'Europe doit constamment se développer pour maintenir ses standards actuels de niveau de vie. Quant à l'impact intérieur, l'Union est actuellement confrontée au déclin croissant de son taux de natalité, entraînant un déséquilibre important des structures démographiques liées entre elles par une difficile équation - celle d'un nombre sans cesse en diminution de personnes actives par rapport à un nombre sans cesse croissant de personnes en dehors du marché du travail. Un bon exemple en est la position relative de l'Europe dans le monde en 1950 comparé à aujourd'hui. Il y a soixante ans, 15 % de la population et 28 % de la part du PIB mondial était en Europe. Actuellement, ces chiffres sont de 7 % et de 21 % respectivement, à cause de ce déclin. Pour les libéraux européens, deux choses sont dès lors évidentes: il est urgent de s'améliorer. Nous ne pouvons nous permettre dix autres années d'impasse politique et économique. C'est aussi pour cela que nous suivons le développement d'un autre plan sur dix ans avec des caractéristiques similaires au précédent avec prudence et soulignons trois priorités que nous souhaiterions voir défendues par les dirigeants de l'UE: 1. Cette stratégie nécessite une préparation adéquate avant de d'être lancée - les objectifs doivent en être réalisables pour nos états membres.- Il est évident que la Commission doit être visionnaire quand elle fixe des objectifs audacieux, afin que des changements significatifs puissent être atteints d'ici 2020. Mais il faut donner priorité aux progrès réels en termes de résultats plutôt qu'à des objectifs pompeux destinés à attirer l'attention des médias. Ce dont l'Europe n'a pas besoin c'est d'une autre stratégie lancée avec grande pompe qui suscite l'espoir des citoyens européens pour ensuite ne pas remplir ses objectifs. Plus que toute autre conséquence, cela mènerait à un fâcheux déclin de la crédibilité de l'UE auprès de ses citoyens. Nous ne pouvons faire une habitude de promettre des choses et d'ensuite échouer à les réaliser. C'est pourquoi, l'UE doit renoncer à mettre en place des objectifs généraux trop ambitieux en chiffres absolus à atteindre par tous les pays. Dans le cadre d'une coopération à vingt-sept, une politique de la 'taille unique' pour tous fonctionne rarement sans heurts. Tous les états membres ont des points de départ différents, ce qui fait que les progrès doivent être mesurés et jugés par rapport à ceux-ci. Ces objectifs doivent être ambitieux, mais mis en œuvre en collaboration avec les états membres plutôt qu'imposés. Les libéraux européens sont convaincus que de permettre à chacun de faire partie du processus est essentiel à son succès et qu'il faut également dépasser l'approche qui consiste à systématiquement rechercher le plus commun dénominateur. 2. La Commission devrait mieux jouer son rôle dans la surveillance du développement de cette stratégie.- Il est difficile de voir comment l'ajout d'une stratégie proche de la précédente pourrait contribuer de façon significative aux améliorations absolument nécessaires en termes de résultats. Tandis qu'il est essentiel que les états membres soient associés au processus - il est clair que la procédure de la pression des pairs n'a pas fonctionné aussi bien qu'il aurait fallu à l'UE pour que Stratégie de Lisbonne soit un succès. Si l'on choisit de s'engager dans un nouvel effort sur dix ans, certaines choses doivent changer. C'est pourquoi il est regrettable que la Commission reconnaisse encore que le Conseil européen est le seul à tenir en main les rennes de ce processus. Comme déjà indiqué, il est indubitable que tous les membres doivent être associés à cette initiative pour qu'elle fonctionne. Mais doter la Commission de davantage de carottes et de bâtons concrets pour pouvoir les utiliser quand elle constate une déviation trop importante par rapport aux objectifs fixés devrait améliorer de façon substantielle les chances pour le rendement total d'atteindre les objectifs fixés. Un rôle plus important de la Commission garantirait également la possibilité d'un suivi cohérent de la Stratégie. Les premières évaluations des progrès effectués pourraient déjà être effectuées en 2012 et 2014, à mi-mandat et à la fin du mandat de la Commission actuelle. 3. Quel qu'en soit le format, nous devons nous tenir à l'écart des instincts protectionnistes et nationalistes.- La crise financière actuelle a eu des effets négatifs sur la vie de nombreux citoyens européens. L'un de ses rares avantages est qu'il a constitué un réveil brutal au statu quo en vigueur. Il faut remonter à l'après-guerre et à la création du système de 'Bretton Woods' en 1944 pour trouver une telle ouverture à de nouvelles idées et de nouveaux modèles de gouvernance économique et politique dans le monde. Faisons-en le meilleur usage possible. Pour les libéraux européens cela implique: a) Après la 2è guerre mondiale, la mise en place du marché unique européen des marchandises, des personnes et des services a constitué l'une des pierres angulaires de la prospérité européenne. Il est important que nous sauvegardions et étendions ce concept autant que possible - en particulier en ces temps de rigueur économique. b) Il est peut-être compréhensible que ces circonstances difficiles éveille chez certains des instincts protectionnistes et nationalistes. Mais ce n'est clairement pas la bonne voie. Ce dont le monde globalisé d'aujourd'hui a besoin est de davantage et non moins de coopération transfrontalière. C'est pourquoi: quel qu'en soit le format; si nous nous dirigeons vers un plan sur dix ans sur le même modèle que la Stratégie de Lisbonne ou vers autre chose, nous devons nous assurer que les membres de l'Union européenne bénéficient déjà à moyen terme, des effets maximum de la synergie générée par la coopération, des avantages d'un marché intérieur de plus de 500 millions de citoyens et d'un niveau de PIB supérieur à celui des Etats-Unis et de la Russie. Pour cela, l'Europe doit travailler de façon cohérente et efficace. Au cours de la prochaine décennie, l'UE doit renforcer son profil mondial et faire entendre sa voix. Bien gérée, la Stratégie Europe 2020 peut constituer une pièce de ce puzzle. Mais elle ne peut être menée de façon isolée par rapport aux autres projets ni assortie des mêmes projets étriqués et tentaculaires favorisés par chaque état membre et qui furent tellement préjudiciables à la stratégie de Lisbonne. L'UE ne peut tout simplement pas se permettre un autre Lisbonne. C'est pourquoi, en résumé: il est grand temps de quitter cette mentalité 'd'école maternelle' et de se concentrer sur la nécessité de doter l'Europe des outils indispensables pour la préparer au 21è siècle. |
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